Kongo central : Hervey N’goma s’adresse à l’honorable Jonas Tsundu dans une lettre ouverte percutante

Pour que la mémoire ne vous accuse pas.

Honorable,

Je prends la plume avec retenue mais sans détour. Et c’est avec une loyauté fidèle à la vérité que je m’adresse à vous sans rancœur ni méchanceté. Je vous écris en tant que Muana Boma pas deux, puisque je considère que vous appartenez aussi à la ville de Boma, au-delà de votre fief naturel de Mbata Bengi, et aussi et surtout en que citoyen Kongo. Et oui, en homme libre qui n’a jamais eu de différend personnel avec vous, en jeune frère qui vous respecte, en esprit qui observe la vie politique nationale et provinciale, et qui vous parle aujourd’hui sans masque ni calcul.

Oui, nos chemins se sont souvent croisés dans des circonstances paisibles. Oui, je sais ce que vous avez été. Deux fois élu, voix forte de Lukula à l’Assemblée nationale, homme respecté au sein de votre parti, et figure connue de la scène politique provinciale.

Mais aujourd’hui, Honorable, je vous parle pas du passé… mais de ce que vous êtes en train de devenir. Depuis quelque temps, vos gestes, vos acrobaties, vos courbettes et vos alliances interrogent bien au-delà du cercle politique. Ils questionnent la morale, l’histoire, la mémoire. Et cela, je ne peux le taire.
Votre posture actuelle semble animée moins par une vision que par une rancune. Moins par un projet que par une revanche.

Vous vous employez, à peine voilé, à affaiblir sinon faire chuter le pouvoir légitime en place dans notre province. Et chacun sait que ce combat ne vous rapporte, au fond, que peu. Si ce n’est quelques miettes d’influence, et l’amère satisfaction de gêner ceux qui marchent là où vous avez trébuché.

 » Le plus grand danger pour les républiques, ce n’est pas l’opposition : c’est la revanche personnelle déguisée en idéologie. «  disait l’écrivain et homme politique, Alexis de Tocqueville

Et que dire de cette étrange guerre non assumée menée contre le Gouverneur Grâce BILOLO, jeune homme que vous connaissez depuis l’enfance, que vous avez vu grandir, et dont le père, paix à son âme fut l’un de vos amis ? Vous qui êtes un khazi, c’est-à-dire un aîné, un pilier, un porteur de paix et de mémoire dans notre culture kongo : votre rôle n’est-il pas de protéger les fils, d’encadrer les jeunes, de couvrir la relève au lieu de l’exposer aux tempêtes que vous contribuez à souffler ?

Un khazi ne trahit pas la lignée. Il ne commet pas de faute contre le temps. Il ne se laisse pas aller à la tentation du ressentiment quand l’histoire exige de lui la grandeur. Vous êtes censé être un refuge, pas un tribunal. Un guide, pas un saboteur. Un arbre de mémoire, pas un vent de division.

 » On peut haïr la trahison sans haïr le traître. Mais celui qui trahit la jeunesse trahit l’avenir. «  renchérit le poète et homme politique, Victor Hugo

Honorable, si vous avez des reproches à adresser à vos frères politiques, faites-le. La critique peut être saine. Mais l’exposition publique, la campagne insidieuse, les alliances douteuses et les raccourcis hasardeux, cela ressemble moins à une opposition légitime qu’à une vengeance personnelle. Et cette vengeance, chacun le voit, n’est même pas dirigée contre ceux qui vous ont véritablement marginalisé… mais contre une génération qui n’a fait que prendre sa place, naturellement.

Vous vous trompez de combat. Votre adversaire véritable, ce n’est pas le pouvoir en place en province. Ce pouvoir est né des urnes, dans un processus électoral transparent, où le candidat de votre parti a été lamentablement battu, un candidat que vous avez soutenu, alors même qu’il vous avait ravi la place que vous ambitionniez. Et ce soutien, personne ne l’a jamais compris.

Pendant que vous leviez les mains pour saluer celui qui vous avait écarté, le peuple s’interrogeait :  » Mais où est passé l’homme de combat qu’on avait élu deux fois ?

 » L’histoire n’attend pas ceux qui hésitent. Elle se fait avec ou sans eux. «  rappelait pour sa part le poète et homme politique, Alphonse de Lamartine

Aujourd’hui, vous semblez vouloir inverser cette histoire par des chemins douteux. Mais sachez ceci : le pouvoir actuel, incarné par Grâce BILOLO, ira jusqu’au bout de son mandat. Ce mandat est légitime, électif, ancré dans la volonté populaire. Et vous ne pouvez l’effacer, vous, ni personne d’autre, par des stratégies de contournement, ni par des courbettes adressées à d’autres forces qui veulent se servir de vous plus qu’elles ne vous considèrent.

Honorable, il est encore temps.
Vous avez du bagage. Vous avez de l’expérience. Vous avez même des arguments à faire valoir à votre parti, qui prépare peut-être une recomposition nationale. Le pays semble aller vers une nouvelle majorité, vers un gouvernement d’union. Et votre voix pourrait y compter. Mais pas si elle continue à s’user dans de petits combats, à se perdre dans des murmures de coulisses, à se plier dans des alliances sans honneur.

« Le courage, ce n’est pas de frapper fort. C’est de choisir le bon combat.  » insistait, Jean Jaurès

Reprenez de la hauteur. Redevenez le khazi. Soyez le gardien de la mémoire, non l’ombre du ressentiment. Ne commettez pas de faute contre l’histoire, car elle, Honorable, ne pardonne pas les erreurs des aînés qui se sont ligués contre leurs propres héritiers.

Il vous reste une place dans ce pays. Une belle place. Mais pour cela, vous devez choisir le bon rivage. Quitter le marécage des frustrations. Abandonner la tentation du sabotage. Et redevenir celui que les jeunes peuvent regarder comme une figure, et non comme un obstacle.

Vous avez été grand. Soyez à nouveau digne.

Votre jeune frère,
Hervey N’GOMA,
Muana Boma pas deux,
Citoyen Kongo.

Partager sur :

Derniers articles

RDC : Pourquoi le nouveau permis de conduire est-il plus fiable que l’ancien ?

Alors que la République démocratique du Congo amorce un tournant décisif dans la modernisation...

Kongo central : Bahati Lukwebo renouvelle sa confiance en Cédric Buanga

Cédric Nsimba Buanga s’impose indiscutablement comme l’un des meilleurs présidents fédéraux de l’AFDC. Acteur...

Kongo central: les députés provinciaux totalisent huit mois d’arriérés de salaire

Les vacances parlementaires des députés provinciaux du Kongo central sont loin d'être roses. À...

Kolo-Fuma : les braqueurs de Sogenac (ex-JVL) condamnés à la servitude pénale à perpétuité

Le Tribunal militaire de garnison de Mbanza-Ngungu a condamné, le mardi 23 décembre 2025,...

À ne pas rater

RDC : Pourquoi le nouveau permis de conduire est-il plus fiable que l’ancien ?

Alors que la République démocratique du Congo amorce un tournant décisif dans la modernisation...

Kongo central : Bahati Lukwebo renouvelle sa confiance en Cédric Buanga

Cédric Nsimba Buanga s’impose indiscutablement comme l’un des meilleurs présidents fédéraux de l’AFDC. Acteur...

Kongo central: les députés provinciaux totalisent huit mois d’arriérés de salaire

Les vacances parlementaires des députés provinciaux du Kongo central sont loin d'être roses. À...