RDC: L’État de droit prôné par le président Félix Tshisekedi face au processus de contrôle parlementaire en RDC, cas du Kongo Central. Que faut-il comprendre ? (Tribune de Me Ashley Madiata)

Introduction : Contexte de la rédaction

Cet article est rédigé dans un climat marqué par des tensions politiques et institutionnelles persistantes au niveau national d’une part et d’autre part au sein de la province du Kongo Central. Ces tensions sont principalement liées à la multiplication des actions de contrôle parlementaire, souvent interprétées à tort ou à raison comme des tentatives de déstabilisation du pouvoir exécutif provincial.

Cette perception ambiguë du contrôle parlementaire a suscité de nombreux débats dans l’opinion publique, les médias et même au sein des institutions tant nationales que provinciales. D’un côté, certains y voient une instrumentalisation politique ; de l’autre, plusieurs voix s’élèvent pour rappeler que ces mécanismes relèvent du fonctionnement normal d’une démocratie fondée sur l’État de droit.

Afin de mieux comprendre les enjeux juridiques, politiques et démocratiques de cette situation, hormis moi, cet article a bénéficié de l’expertise de plusieurs spécialistes du droit et des sciences politiques, parmi lesquels :

  1. Me Ally Kambilu, avocat au barreau du Kongo Central ;
  2. Doctorant Bonheur Muanda Muaka, assistant à la Faculté de droit de l’Université Kongo ;
  3. Me Volonté Dialendua, avocat au barreau du Kongo Central ;
  4. Me Genèse Ilenda ; juriste de formation, analyste politique et homme d’affaires
  5. Me Nathan Vuma, avocat et assistant à l’Université Kongo ;

Leur contribution a permis d’adosser cette analyse sur des bases juridiques solides et une lecture objective de l’évolution démocratique dans le contexte congolais.

Ce sujet invite à réfléchir sur l’articulation entre le principe de l’État de droit, promu par le Président Félix Tshisekedi, et la mise en œuvre du contrôle parlementaire en République démocratique du Congo, avec un focus particulier sur le cas du Kongo Central.

Il faut comprendre trois idées majeures :

  1. Le contrôle parlementaire est une exigence démocratique, non une menace

Le contrôle parlementaire permet aux assemblées législatives de surveiller l’action de l’exécutif, d’interpeller les gouvernants et de s’assurer que les ressources publiques sont gérées conformément aux règles. Dans un État de droit, ce contrôle :

Renforce les institutions ;

Préserve l’équilibre des pouvoirs ;

Garantit la transparence et la redevabilité.

Il ne s’agit donc pas d’un outil de règlement de comptes, mais d’un devoir constitutionnel au service du peuple.

  1. L’État de droit implique l’acceptation du contrôle comme règle du jeu démocratique

Le président Félix Tshisekedi a fait de l’État de droit l’un des piliers de son action politique. Cela suppose :

Des institutions indépendantes ;

La primauté du droit sur les intérêts partisans ;

Une gouvernance fondée sur la responsabilité.

Dans ce cadre, nul ne peut se soustraire au contrôle, quelle que soit sa fonction. Le respect du mandat électif passe aussi par l’acceptation du regard critique du Parlement.

  1. Le cas du Kongo Central illustre les défis et avancées du processus démocratique

Dans la province du Kongo Central, les récents épisodes de contrôle parlementaire parfois interprétés comme des offensives politiques traduisent en réalité une maturation institutionnelle progressive :

L’Assemblée provinciale y joue de plus en plus son rôle de contre-pouvoir ;

Les débats sont devenus plus juridiques que purement politiques ;

Les institutions provinciales apprennent à fonctionner dans un cadre légal, malgré les résistances.

C’est donc un laboratoire démocratique en construction, révélateur des tensions naturelles entre pouvoir et contre-pouvoir dans toute démocratie en évolution.

Le contrôle parlementaire, loin d’être un obstacle à la stabilité, est un vecteur essentiel de l’État de droit. Il oblige les autorités à rendre compte de leur gestion et protège les citoyens contre les abus de pouvoir.

Le cas du Kongo Central montre que même dans un contexte jeune et parfois instable, les institutions peuvent apprendre à fonctionner selon les principes démocratiques à condition que les acteurs politiques dépassent les interprétations politiciennes du contrôle, pour en faire un outil de gouvernance responsable.

Ce processus, encore fragile, mérite d’être encouragé et renforcé par une culture politique plus respectueuse du droit et du débat républicain.

En Conclusion

Le contrôle parlementaire, loin d’être un obstacle à la stabilité, est un vecteur essentiel de l’État de droit. Il oblige les autorités à rendre compte de leur gestion et protège les citoyens contre les abus de pouvoir.

Dans un État démocratiquement jeune comme la République démocratique du Congo, où les institutions démocratiques sont encore en construction, le contrôle parlementaire joue un rôle pédagogique et préventif. En sanctionnant les manquements graves, il envoie un signal clair aux futurs dirigeants : nul n’est au-dessus des lois, et tout pouvoir est temporaire et soumis à la reddition des comptes.

C’est à travers cette dynamique que la RDC pourra, progressivement :

Prévenir la répétition des erreurs du passé ;

Former une nouvelle génération de dirigeants plus responsables et redevables ;

Asseoir une démocratie plus solide, enracinée dans la culture de la transparence et du respect des institutions.

Le cas du Kongo Central montre que même dans un contexte encore marqué par les tensions politiques, les mécanismes démocratiques peuvent fonctionner à condition d’être protégés des manipulations et soutenus par une volonté politique sincère.

Ce processus, encore fragile, doit être encouragé, institutionnalisé et normalisé, car c’est à ce prix que la RDC pourra bâtir un avenir politique plus stable, plus juste, et plus respectueux du citoyen.

Pour la rédaction du présent article, nous avons fait recours à plusieurs instruments juridiques parmi lesquels on cite;

  1. la constitution congolaise du 18 avril 2006 telle que modifiée à ce jour;
  2. La loi N°08/012 portant principes fondamentaux relatifs à la libre administration des provinces
  3. L’ouvrage : LE STATUT DE REPRÉSENTANTS DU PEUPLE
    DANS LES ASSEMBLÉES POLITIQUES DÉLIBÉRANTES , du professeur Evariste boshab et du prof Matadi Nenga
  4. L’ouvrage Traité du droit constitutionnel de professeur jean louis Esambo
    [28/09, 21:29] Me Ashley Madiata kavungu: Pour la rédaction du présent article, nous avons eu recours à plusieurs instruments juridiques et des ouvrages, parmi lesquels figurent :
  5. La Constitution de la République Démocratique du Congo du 18 février 2006, telle que modifiée à ce jour ;
  6. La Loi n°08/012 portant principes fondamentaux relatifs à la libre administration des provinces ;
  7. L’ouvrage intitulé Le statut de représentants du peuple dans les assemblées politiques délibérantes, rédigé par les professeurs Évariste Boshab et Matadi Nenga ;
  8. Le Traité de droit constitutionnel du professeur Jean-Louis Esambo.

Se/ Ashley MADIATA KAVUNGU, le pragmatique !

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